La Malouinière - Tome III de Filles des Lumières
Ce roman relate la suite des aventures de Lætitia Chiquetti.
À son retour du Nouveau Monde, après deux années passées chez les Indiens d’Amazonie, Lætitia avait, de nouveau, rencontré Thibault d'Arbanville, le capitaine de la frégate, Armorique, sur laquelle elle s’était clandestinement embarquée pour le Brésil. Les circonstances étant différentes, une amitié était née entre l’officier et la jeune fille, seule personne de son entourage capable de comprendre ce qu’était une vie passée à courir les océans.
Séduit par la transformation du mousse en une jeune femme téméraire, le capitaine lui avait fait une offre de mariage. Offre que Lætitia avait refusée, craignant qu’il ne vînt à regretter une union que la censure sociale ne manquerait pas de taxer de mésalliance.
Elle accepte toutefois l’invitation, sur ses terres de Bretagne, de la marquise Éléonore d’Arbanville, mère du capitaine, officiellement pour remédier à la santé défaillante du marquis, son époux. Au château, Lætitia fait la connaissance d’Erwan d’Arbanville, frère aîné du capitaine. Ce dernier, ignorant des liens qui unissent l’invitée à son cadet, se montre sceptique envers la roturière que sa mère impose à la famille.
Toutefois, cette fille qui lit les philosophes, possède une bonne pratique du gréement, monte à cheval sans selle ni harnais, plonge dans les eaux agitées de la côte et s’acquitte d’un accouchement à complications ne cesse de l’intriguer.
Ce roman a pour cadre un manoir au cœur de la lande bretonne, à l’orée de la mythique forêt de Brocéliande, sur une côte sauvage battue par les vents. Il nous fait découvrir la vie des paysans et villageois bretons sous l’ancien régime ainsi que les rapports entre châtelains et métayers.
En vente en librairies et sur le site des Éditions du bord du Lot:
https://www.bordulot.fr/detail-filles-des-lumieres-la-malouiniere-492.html
Prix: 18 €
Extrait: Lever de soleil sur la baie de Cancale
La forêt de Brocéliande à l’aube résonnait d’une myriade de chants d’oiseaux. Frondaisons, fourrés et taillis étaient le théâtre d’une activité fébrile. Un intense ballet d’ailes reliait les nids au sous-bois où les mères cherchaient le vermisseau qui servirait de pâture à leurs oisillons voraces. Des lambeaux de brume que les premiers rayons du soleil dissiperaient bientôt s’accrochaient aux branches. Des senteurs de terreau, de fleurs sauvages et d’herbes folles montaient du sol. Chaque plante, chaque feuille, chaque rameau s’éveillait à la vie sous la poussée de la sève vivifiante.
Chevaux au pas, les cavaliers s’imprégnaient de cette effervescence printanière. À l’arrivée sur la côte, l’atmosphère changea. Le joyeux tintamarre des hôtes de la forêt céda brusquement la place au silence presque religieux qui préside à la naissance du jour. Le monde retenait son souffle dans l’attente de l’apparition qui se préparait. Seul le vol majestueux des mouettes, toutes ailes déployées, animait le décor tranquille.
Laissant leurs montures se repaître de l’herbe tendre des bords du chemin, les promeneurs se dirigèrent vers le rivage. La plage était frangée d’un parterre d’algues sèches et de coquilles de moules qui craquaient sous les pieds. Mue par une impulsion soudaine, Lætitia se déchaussa et courut vers l’eau. Son regard erra sur l’immensité bleue, puis se posa sur l’écrin rose, ourlé de jaune, d’où jaillirait bientôt la boule incandescente. Le dôme vermillon du disque apparut. Il s’extirpa avec une infinie lenteur de son précieux cocon et émergea tout entier, encore enrubanné de brume. Le soleil amorça sa lente ascension dans les nues animant de mille feux la surface de l’onde. Alors, comme fier d’avoir, une nouvelle fois, réussi son entrée triomphale, l’astre jeta sur les flots une immense épée d’or.
Lætitia s’emplissait les yeux de la splendeur du jour naissant. Elle aspira à pleins poumons la fraîcheur marine et abandonna son visage à la caresse lumineuse. C’était un de ces instants bénis des dieux où le monde s’éveillait à la vie. Elle s’avança sur le tapis mouvant du varech vésiculeux et foula le fond sableux dont la surface ondulait en minuscules dunes. Elle sentit les aspérités de leurs petites crêtes sous la plante de ses pieds. Sa longue jupe, éparpillée autour de ses mollets, traînait dans l’eau. Elle se baissa et en releva les pans qu’elle coinça dans sa ceinture. Le comte, resté en retrait, observait avec une expression amusée le plaisir ludique avec lequel la jeune fille savourait ce bain matinal. Qui eût cru qu’elle avait, quelques heures auparavant, fait montre d’autorité envers les commères de Plouveoc et régenté sur un ton qui n’admettait pas de réplique la matrone du village ? Elle se tourna vers lui et l’invita à l’imiter. Il obéit de bonne grâce et goûta à son tour les effets salutaires de la fraîcheur de l’onde. Puis, s’abandonnant à la délicieuse sensation de bien-être, il fendit d’un pas alerte la riante clarté de l’eau. Lætitia nota avec jubilation que son compagnon, sensible lui aussi à la beauté du monde, perdait de sa retenue habituelle. Alors, dans un geste spontané né de l’ivresse de ce glorieux matin, elle lui saisit la main et l’entraîna à sa suite.
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