Marinella - Tome I de la saga Filles des Lumières

 

L’histoire se passe dans les années 1770, période au cours de laquelle germent les idées qui aboutiront à la Révolution française.

Le récit met en scène le personnage de Marinella dont l'enfance se passe à Ajaccio. Très tôt orpheline, elle est élevée par sa grand-mère, Maddalena, guérisseuse réputée, et éduquée par son oncle Francesco, prêtre érudit, libéral et éclairé.

Francesco lui fait lire les auteurs de la philosophie des Lumières. Maddalena lui  apprend la science des simples et l’initie au métier de sage-femme.

Convaincue de vivre à l’aube d’une ère nouvelle inspirée des principes de liberté et d’égalité, Marinella n’accepte pas les limitations imposées aux femmes par une société régie par les hommes et dans laquelle l’Église exerce encore une forte influence.

La jeune femme aspire à étudier la médecine ; or l’université est fermée aux femmes et la loi leur interdit de pratiquer la médecine et la chirurgie. Si l’étude des plantes leur est permise, son application à des fins thérapeutiques ne l’est pas, et l’Église a tôt fait d’attribuer les résultats bénéfiques d’une cure à de la sorcellerie.

Marinella est déterminée à passer outre les interdits. C’est à Menton qu’elle part exercer son art où ses succès lui attirent les foudres de l’Inquisition qui y voit l’évidence d’un pacte avec le Malin. La guérisseuse va affronter l’évêque Giustiniani au cours d’un procès en sorcellerie à l’issue duquel elle risque le bûcher.

Le récit s’inspire  du dernier procès en sorcellerie ayant eu lieu à Menton, un siècle auparavant : celui de la sorcière Peirinetta.

Mais cette fois, l’inquisiteur a affaire à une femme érudite, aux réponses habiles et d’une logique sans faille. De plus, le jugement a lieu à une époque où grandit le sentiment anticlérical et où l’influence de l’Église faiblit.

 

Le roman est aussi un voyage au pays mentonnais de la fin du XVIIIe siècle. Il fait revivre les ruelles de la ville médiévale, la beauté des sentiers muletiers fleurant bon le thym et le romarin, la vie au bord des torrents, l'activité des anciens moulins à huile, les restanques resplendissantes de l'or des citronniers et les tartanes desservant la côte.   

 

En vente en librairies et sur le site des Éditions du bord du Lot, section Romans historiques:

https://www.bordulot.fr/detail-filles-des-lumieres-marinella-446.html

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Extrait du roman:

La cueillette de la lavande

 

Au bout de trois heures de montée, un détour du chemin dévoila l’éperon rocheux de Sainte-Agnès et son essaim de petites maisons ocre aux toits de tuiles cannelées, dominées par la haute tour du campanin. Nichées au creux de leur lit de verdure, elles se chauffaient au soleil naissant. Sur la crête, les tours crénelées d’un ancien château fort se détachaient sur fond d'azur. À l’approche de Sainte-Agnès, les pentes se couvraient de mauve. Les moissonneurs étaient déjà à l'œuvre. On salua, on se débarrassa des vêtements encombrants et on confia les paniers de victuailles à l’ombre fraîche des chênes verts.

Bientôt l’armée des renforts s’attela à la tâche, le dos courbé sur la manne violette. Les faucilles allaient et venaient lançant des éclairs subits sous les rayons du levant. Marinella observa avec surprise la prestesse avec laquelle les cueilleurs progressaient sur la grande aire bleue, serpette d’une main, bouquets d’épis de l’autre. On enroulait la gerbe de joncs de la main gauche et on sectionnait d’un coup sec les tiges de lavande ainsi assemblées. Des senteurs s’élevaient de la terre. Le concert des cigales accompagnait la chaleur croissante d’un soleil qui se faisait de plus en plus pointu. Bientôt, les fronts perlèrent sous les chapeaux de paille. Les hommes ôtèrent leurs chemises, les femmes roulèrent leurs manches. On se désaltérait à longues gorgées aux outres de peau de chèvre. De temps à autre, une brise bienfaisante venait rafraîchir les visages ruisselants. On se redressait, on soupirait d’aise sous l’effet de ce baume de jouvence. On reprenait le travail. La fatigue s’insinuant, les reins se faisaient douloureux, on chantait alors pour combattre les courbatures. Peu à peu la fatigue s’envolait.

Déjà, midi sonnait. Les femmes avaient quitté le pré avant les hommes. Elles avaient déployé, sous les arbres, de grandes nappes sur lesquelles elles avaient disposé les pans bagnats frottés à l’ail, imbibés d’huile d’olive et garnis de tomates, poivrons, févettes, oignons, anchois, feuilles de basilic et petites olives noires. Une fête pour les yeux à l’appétit aiguisé ! On se passait les outres de vin et d’eau fraîche et l’on buvait à la régalade. Les rires fusaient et les conversations allaient bon train. Après les tartes douces, certains s’allongèrent, chapeau sur le nez, pour digérer les bienfaits du repas. Mais la musique des fifres, des tambourins et du violon aiguillonnait l’infatigable jeunesse. Un jeune homme de Castillon avait entraîné une jeune fille de Sainte-Agnès. Le couple tourbillonnait sur les accords, bientôt rejoint par d’autres. La jolie Graziella, rencontrée au marché de Menton, sautillait légère au bras d’un gaillard de Gorbio. Les mains des gars enserraient les tailles fines qu’ils soulevaient dans les airs.

L’attention de Marinella se porta sur Rafaella, une jeune Mentonnaise qui lui rappelait curieusement Lætitia. Était-ce à cause de son air espiègle, de son rire cristallin ou de l’élégance de cabri avec laquelle elle gravissait les sentiers escarpés ? Rafaella tournoyait au bras d’un jeune dieu de la danse tout en jambes. Il battait la mesure d’un talon vigoureux. Haletante, le corsage bondissant, la jeune fille soutenait le rythme effréné. De longues mèches brunes lui balayaient le visage dont les yeux brillants restaient rivés dans ceux de son cavalier. Quatre nouveaux couples entrèrent en lice sous les frappements de mains des spectateurs. Le joueur de fifre accéléra la cadence, le tambourin, le front en nage, lui emboîta la mesure et l’archet arracha au violon des accords endiablés. Les filles sautillaient visages moites, joues empourprées, lèvres entrouvertes. Les gars bombaient le torse, pointaient les pieds, claquaient les talons. Les couples glissaient, reculaient, se croisaient, viraient et virevoltaient. Tout à son observation, Marinella ne s’était pas rendu compte qu’elle-même faisait l’objet de l’attention de Lorentzo, le jeune maître d’école. Il s’approcha et l’invita à la danse. Des sourires de bienvenue accueillirent la nouvelle recrue dans le cercle intérieur que formaient les filles. Marinella n’était pas familière avec cette danse du terroir, mais les figures étaient simples et Lorentzo la guidait d’une main ferme sans se départir de son lumineux sourire. Lorsque la musique s’arrêta, les couples se laissèrent choir, sous les applaudissements de l’entourage dans l’herbe fraîche embaumant l’immortelle et le genévrier.

L’après-midi passa comme une flèche. Bientôt, les ombres s’allongèrent et la montagne bleuit. Il était temps de redescendre. On chargea les ballots de lavande sur les mulets et la petite caravane descendit vers Sainte-Agnès. Là, la récolte serait séchée deux jours durant avant d’être distillée pour la fabrication des huiles essentielles. Avant de repartir, Marinella passa s’approvisionner au village. La lavande était une plante aux nombreuses vertus. Administrée sous forme de poudre, d’infusion ou d’huile essentielle, elle soignait les rhumatismes, les infections pulmonaires, les morsures de serpents, les piqûres d’insectes, l’anxiété et l’insomnie.

Au déclin du soleil, les moissonneurs, fourbus, reprirent le chemin de leurs villages. Rafaella quitta à regret la compagnie du jeune danseur de Castellar.

 

 

 

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