Le barbet du plan du Lion
Septembre 1792. L’armée révolutionnaire envahit le comté de Nice, alors possession du Piémont-Sardaigne.
Matteo est berger au plan du Lion sur les hauteurs de Menton. Son destin bascule quand il est témoin du saccage d’un château à Nice et de l’arrestation de ses habitants, une famille d’aristocrates émigrés. Il sauve une fillette que sa gouvernante a cachée dans un placard.
La rencontre entre Matteo et Sophie de Roquefeuille va changer la vie du berger qui vit en reclus dans ses montagnes depuis que son amour de jeunesse, Graziella, lui a préféré un corsaire. Donner asile à un émigré est passible de peine de mort. Matteo va donc devoir transformer en bergère la petite aristocrate. En retour, cette dernière fera l'éducation du pâtre en matière de savoir-vivre.
La vie de Matteo prend un nouveau tournant quand Menton est à son tour envahie en octobre 1792. L’armée d’occupation se livre à des exactions, des jugements expéditifs, des exécutions et des viols qui vont susciter une résistance farouche de la part de la population. Sous le nom de barbets, les résistants se livrent à une guerre des cimes dans l’arrière-pays niçois et mentonnais. C’est alors que Matteo rencontre une jeune fille d’une ressemblance troublante à celle à qui il a dû renoncer dans sa jeunesse. Beatrice a 18 ans, elle est la fille de Graziella. Quand elle montre des sentiments pour lui, le berger s’interdit toute relation avec elle, conscient qu’à travers elle, c’est sa mère qu’il rechercherait. Désespérée, Beatrice rejoint le maquis. Matteo forme sa propre compagnie de barbets.
Ce récit explore un épisode peu connu de la Révolution. Il met en scène la jeune génération, issue de celle des romans précédents. Les lecteurs de la saga retrouveront des personnages connus. Toutefois, ce nouveau roman peut se lire indépendamment des quatre précédents.
En vente en librairies et sur le site des Éditions du bord du Lot:
https://www.bordulot.fr/detail-le-barbet-du-plan-du-lion-606.html
Prix: 23 €
Extrait: Sous la botte de l'occupant français
Matteo poussa la porte de l’auberge du port, Ou Pescahoù, et pénétra dans une atmosphère épaisse de mangeaille et de vin qui lui donna la nausée. Il prit place à une table isolée près d’une fenêtre dont il poussa l’un des battants, et balaya d’un revers de la manche les miettes du client précédent. Une serveuse, les bras chargés de pichets, louvoyait entre les tables, les bras tendus au-dessus des têtes. Elle se présenta devant lui, mais dut s’y reprendre à deux reprises pour qu’il s’avise de sa présence. Elle attendait, mains sur les hanches, tête légèrement inclinée, un patient sourire flottant sur ses lèvres. Une bière ! répondit-il d’un air absent.
Mais déjà une voix le hélait quelques tables plus loin. Matteo, va ben ? On lui fit signe de se joindre à la compagnie. Il haussa les épaules en signe de lassitude. Les autres se consultèrent du regard, empoignèrent leurs gobelets et se déplacèrent.
- Que se passa ? Tu reviens de Nice ? Raconte ! C’est vrai ce qu’on dit ?
Ils rapprochèrent leurs chaises et le fixèrent d’un air intrigué.
- C’est vrai. Et c’est pire. Ça empire de jour en jour. Ils ont interdit le culte, chassé l’évêque, fermé les églises. Ils vident les couvents, demandent aux religieuses de renoncer à leurs vœux et de déposer le voile, décrochent les cloches des églises qu’ils envoient à la fonte, confisquent les objets du culte, confisquent les biens des nobles et du clergé, obligent les prêtres à prêter serment de fidélité à la Révolution. Ils encouragent les gens à la délation… Et aussi à se convertir au nouveau culte : celui de la déesse Raison, qu’ils appellent ça. Ils vont transformer Sainte-Réparate en temple de leur nouvelle religion.
Il s’interrompit pour reprendre son souffle. Le sang lui était monté aux joues et la colère lui étreignait la gorge. C’était bon de la laisser couler à flots, de la déverser sur un auditoire dont il lisait, au fur et à mesure qu’il parlait, une égale indignation sur les visages. Il but une gorgée de bière pour desserrer l’étau qui lui brouillait la voix. L’un de ses compagnons tapa du poing sur la table.
- Je le savais ! Je vous l’avais bien dit ! Ils ont envahi, ils occupent, ils vont annexer.
- Pas sûr ! Ils ont envahi, c’est sûr, mais c’est peut-être pour arrêter la fuite des émigrés. Ceux qui partent s’enrôler chez les Sardes ou les Autrichiens. Ceux qui prendront les armes contre leur République. Cette histoire ne nous concerne pas. On n’a pas d’émigrés français chez nous. C’est le problème de Victor-Amédée[1]. On dit que le roi a donné asile à des princes à Turin, argumenta l’un de ses compagnons.
- Crois-le si ça te rassure, ricana Matteo. Après le comté de Nice, ce sera notre tour. La principauté est une enclave au sein du royaume de Piémont Sardaigne. Tu crois qu’ils vont se gêner ? Ils ont besoin d’une zone tampon entre la France et l’extérieur.
- Mais ils sont déjà chez nous puisque la principauté est sous protectorat français. Le prince est un allié, pas un ennemi.
- En matière de politique, les alliances se défont aussi vite qu’elles se font. S’il y va de l’intérêt de la France, ils n’hésiteront pas à balayer le prince et ne feront de nous qu’une bouchée. J’espère me tromper, mais je ne le crois pas. Pas après ce que j’ai vu.
- Dans ce cas, ce sera la guerre, lança l’autre se renversant contre le dossier de sa chaise. On ne se laissera pas faire. On résistera. Je suis Mentonnais et je le resterai ! déclara-t-il avec fougue.
Il vida sa bière et frappa la table du cul de son gobelet. Les autres acquiescèrent, mornes et songeurs. Aux tables alentour, les conversations s’étaient tues. On avait suivi en silence le rapport de Matteo. Les hommes tournaient et retournaient machinalement leurs timbales entre leurs mains de travailleurs. Matteo se leva, jeta une pièce sur la table, remit son chapeau et sortit.
[1] Victor-Amédée III, roi de Sardaigne dont le royaume inclut le comté de Nice et le Piémont.
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