Lætitia - Tome II de la saga, Filles des Lumières

 

À 15 ans, Lætitia Chiquetti, benjamine de Marinella, rêve de traverser l’océan pour découvrir les Indiens du Nouveau Monde. Mais les équipages n’acceptent pas les femmes. Faire le voyage comme passagère est exclu, elle n’en a pas les moyens. La jeune fille va donc sacrifier ses boucles et troquer ses jupes contre une vareuse et une culotte.

Ainsi, un matin de 1772, elle embarque comme mousse, à bord de l'Armorique, sous le nom de Francesco. Destination : le Brésil. Commence alors l’apprentissage de la rude vie à bord d’une frégate de la marine à voile. L’identité de la jeune fille risque d’être découverte lorsque le bosco la condamne au fouet pour insubordination.

Durant deux années, elle va partager la vie des Indiens tupi de la forêt amazonienne. Elle se lie d'amitié avec le guerrier, Alkindar, qui devient son mentor en l’art de la chasse, du tir à l’arc et de la navigation sur une pirogue. Powaka, la vieille guérisseuse, l’initie aux pouvoirs des plantes.

Lætitia est un récit d'aventures qui fait revivre la vie des équipages à bord des navires d’antan et initie le lecteur aux croyances et pratiques d’une tribu amazonienne.

À l’image du précédent, aprés le retour de Lætitia à Menton, ce roman s’attache à recréer la vie quotidienne de la vieille ville et à célébrer les charmes du pays mentonnais de la fin du XVIIIe siècle. 

Roman en vente en librairies et sur le site des Éditions du bord du Lot, section Romans historiques:

https://www.bordulot.fr/detail-filles-des-lumieres-laetitia-487.html

Prix: 17 €

 

 

Extrait: Chez les Indiens tupi.

 

Le rythme des tam-tams et des maracas s’intensifia. On avait détaché le prisonnier qu’on présentait au caribe. Il s’agenouilla, les yeux figés dans ceux du sorcier. Les guerriers formèrent un cercle autour d’eux et entamèrent la danse de l’aprasse. Le tam-tam accéléra son rythme. Les pieds des danseurs frappaient le sol en une cadence ponctuée par les grelots. Le caribe saisit l’iwera, la massue sacrificielle. Il l’éleva lentement. Sowarusu courba la nuque. À travers la haie mouvante des plumes rouges, je vis le coup s’abattre violemment sur sa tête. Il chancela et s’écroula sans vie au pied du sacrificateur. Les femmes s’approchèrent alors de la victime. Elles lavèrent le corps et le rasèrent à l’aide d’un morceau de cristal. Puis, elles laissèrent la place aux hommes qui firent une longue entaille le long de sa colonne vertébrale, dépecèrent son cadavre et le découpèrent en quartiers. Je suivais ce rituel, paralysée par l’horreur. Quand je vis qu’on allait procéder au rôtissage, je me détournai, prise de nausée. Incapable de supporter plus longtemps cette sinistre musique, je m’enfuis dans la forêt.

 

Je gagnai les piscines naturelles où la chute de la cascade masquait les bruits de la fête. Je me sentais souillée par le spectacle auquel je venais d’assister. Je pénétrai dans l’eau claire. Une sensation de fraîcheur envahit chaque fibre de mon être. Je m’assis sur le fond sableux, immergée jusqu’au cou. Je fermai les yeux et me laissai bercer par le bruissement de l’eau. Le chant de la forêt lavait mon esprit des images qui le hantaient. Une onde de paix m’enveloppa. L’enseignement de la vieille Powaka me revint à l’esprit : « La terre est notre mère. Les rivières sont nos sœurs, elles étanchent notre soif, portent nos pirogues et nourrissent nos tribus. Chaque parcelle de la forêt est sacrée. L’aiguille de pin luisante, la brume sur la clairière et la crête rocheuse sont unies dans le souffle du monde. Les vertes montagnes, les lacs profonds et les bois sombres abritent les âmes de nos ancêtres ». Les Tupi possédaient une sagesse inconnue des Européens. Et Alkindar avait raison : en matière de cruauté, les blancs ne le cédaient en rien aux Indiens.

 

Je ne sais combien de temps je restai immergée. Le froid raidissait mes muscles et mes membres s’engourdissaient quand je sentis une présence sur la berge. Je tournai la tête. Deux prunelles jaunes, posées sur moi, brillaient dans l’obscurité ambiante. Mon cœur bondit dans ma poitrine et une chaleur intense me monta au visage. Ma gorge se dessécha. Je saisis en un instant toute l’horreur de la situation. J’étais prise au piège. Si j’émergeais, le félin bondirait sur sa proie, or je ne pouvais rester indéfiniment dans ce bain glacé. Il me sembla que l’ombre du puma se mouvait imperceptiblement et que le regard hypnotique s’approchait de moi. Paralysé d’effroi, mon corps n’obéissait plus. Mon esprit assistait impuissant au drame qui se préparait.